Intervention du Président du Parlement Hellénique m. Konstantinos Tassoulas à l’ouverture de la Conférence européenne des Président*e*s de Parlement des États membres du Conseil de l'Europe
J’ai la grande joie et l’encore plus grand honneur, en ma qualité de Président du Parlement Hellénique, de vous souhaiter la bienvenue à la capitale de l’Etat Grec, qui célèbre cette année le bicentenaire de sa révolution pour son Independence nationale.
Nous sommes 48 Présidents de Parlement ici présents, nous sommes 36 Secrétaires Généraux de Parlement, 39 Ambassadeurs représentant vos pays respectifs, 400 membres au total suivent cette Conférence.
Je salue le retour à la normalité qui nous a tant manqué les derniers 20 mois de l’épreuve mondiale de santé. A cause, justement, de cette épreuve continue, nous ne serons pas en mesure de vous recevoir à l’Assemblée plénière du Parlement Hellénique, la salle de réunions de notre Assemblée Nationale ne pouvant pas accommoder un si grand nombre de visiteurs.
Mesdames et messieurs,
Le sujet de notre Conférence touche aux trois questions primordiales de nos jours. Des questions importantes, non tellement en matière de débat mais en termes d’action concrète. C’est l’occasion pour la conférence parlementaire de l’organisation transnationale Européenne la plus éminente, le Conseil de l’Europe, de prouver qu’il est en mesure de promouvoir, non seulement le débat et le dialogue, mais aussi, en conseillant les gouvernements, l’action qui est aujourd’hui plus que jamais nécessaire pour faire face aux questions qui nous préoccupent.
Il y aura ici des interventions importantes sur la manière que les Démocraties et les Parlements ont fait face aux derniers mois difficiles de la pandémie, un phénomène que l’humanité n’avait pas connu depuis un siècle.
Nous allons débattre de ce qui est le plus spécial, le plus récent, le plus vital pour les droits de l’home, à savoir le droit à l’environnement et la manière dont le Conseil de l’Europe, qui est le champion des droits de l’homme, va intégrer dans son sein institutionnel cette protection et la convertir en action concrète.
Au cours de la 3eme unité, nous allons discuter de l’avenir des citoyens de l’Europe de 800 millions d’habitants, un avenir qui ne concerne pas que nous mais le monde entier, car l’imbrication existant aujourd’hui entre nous tous, nous fait penser que ce qui se passe au niveau des grandes questions concerne le monde entier.
Le Parlement Hellénique, comme tous les autres parlements, au début de l’année précédant a répondu à l’attaque de la crise épidémiologique avec une certaine perplexité, j’avoue, mais, malgré cette perplexité initiale, nous avons su vite nous adapter. Nous avons réagi vite, notamment en donnant l’exemple d’une continuation prudente de l’activité parlementaire.
En gardant le Parlement ouvert, au début du mois de Mars 2020, quand nous ne connaissions pas exactement les effets et la force de ce nouveau fléau qui a envahi nos vies, nous avons voulu montrer à la société que les institutions continuaient à fonctionner et à montrer comment sauvegarder le bien suprême de l’homme, qu’est sa vie.
Parce que la démocratie et les droits et les parlements et les oppositions sont des institutions, comme les Grecs anciens disaient aussi, de ce monde et non pas du monde de l’au-delà. Nous sommes donc donnés la priorité de sauvegarder la vie humaine ainsi que la continuité de notre travail.
Nous avons continué à légiférer, nous avons continué à exercer le contrôle parlementaire et je peux dire que ce dernier fut beaucoup plus fluide et aisé que la législation. Toutes les mesures prises, les poids et contrepoids ainsi que les priorités posées devaient être contrôlées par la représentation populaire. Et ceci a continué de façon fluide durant tous les longs mois de cette aventure.
Je tiens à remercier, en ma qualité de Président du Parlement Hellénique, beaucoup d’entre vous, pour avoir communiqué et échangé nos expériences quant à la gestion de la pandémie et les mesures à prendre afin de continuer notre travail et de sauvegarder la vie.
Je vois m. Sobotka en face de moi, qui a pris des initiatives et nous avons discuté de la manière dont nous pouvions œuvrer en commun pour résoudre les problèmes causés par la perplexité de la pandémie sur les procédures parlementaires.
Je tiens à remercier le Conseil de l’Europe, la Secrétaire Générale m. Burić, qui a rapidement présenté au Conseil de l’Europe une boîte à outils très valable, nous aidant à faire face à cette nouvelle situation.
Mais aussi m.Rik Daems, Président de l’Assemblée Parlementaire, et le Parlement Européen ainsi que d’autres parlements, car, en adoptant les meilleures pratiques nous avons pu aboutir à un modus vivendi, qui a protégé la démocratie tout en respectant les conditions sanitaires.
Le retour à la normalité est confirmé par votre présence ici aujourd’hui. Le retour à la normalité, bien qu’avec caution, est un fait et la condition pour son achèvement n’est autre que l’achèvement du programme de vaccination, sans hésitation ou la moindre réservation et sans aucune soumission aux théories incroyables de conspiration qui ne font que saper le retour rapide à la normalité. Nous savons aujourd’hui, grâce à la science, que le coronavirus ne sera vaincu que par les résistances que tout chacun développera, grâce aux vaccins ou, malheureusement, après avoir eu le virus.
L’autre thème de la Conférence est quelque chose qui est déjà devant nous et pas derrière nous ou à côté de nous, la crise climatique à laquelle s’est référée le Premier Ministre Grec récemment, lors des phénomènes qui ont éprouvé notre pays en été. La Méditerranée entière constitue un écosystème fragile ; L’Italie le sait, Chypre, la Grèce et d’autres pays le savent aussi. La crise climatique donc est un sujet qui ne peut plus être utilisé à des fins de relations publiques, ou pour faire impression, mais pour agir. Face à la crise climatique et ses retombées bien précises, les parlements se doivent de se prononcer et de soutendre pour ne pas dire encourager, dans leur qualité de représentants de leurs peuples, les gouvernements afin que l’action nécessaire puisse se développer.
L’Europe, le monde se sont bien fixés leurs objectifs: la neutralité poursuivie jusqu’ à 2050, la réduction par 55% de l’empreinte carbone jusqu’à 2030, les objectifs de Paris il y a six ans, les objectifs de Glasgow qui seront bientôt énoncés seront, j’imagine, beaucoup plus décisifs. Tout cela donne la référence sur une nouvelle attitude que nous devrons adopter vis-à-vis toutes nos actions.
Mon pays se tient à la hauteur de tout cela ou est en avant de tous ces objectifs. En matière d’Industrie, d’agriculture, de consommation domestique, d’electromobilité nous faisons le nécessaire pour diminuer l’empreinte énergétique. De même pour le secteur maritime qui est, comme vous le savez, leader mondial et qui le sera dans sa dimension verte aussi, très bientôt. Dans quelques années, nous allons désaffecter toutes nos centrales au lignite, malgré le fait que la transition vers des formes d’énergie douces ne soit pas encore pleinement organisée, et dans ce domaine il faudra maintenir un équilibre nécessaire.
Et sur ce plan je voudrais vous dire que, en vue de la nécessité de convertir les consultations, les idées et les décisions en action tangible, l’exemple du marché commun des médicaments et des vaccins, provenant notamment de l’Union Européenne, constitue un exemple d’action collective, et c’est la raison pour laquelle, nous, entant que pays, avec l’aide d’autres pays au Sommet aujourd’hui, allons proposer une action commune de la part de toute l’Europe, pour la fourniture de gaz naturel, afin de faire face à la crise énergétique imminente. Le critère de distribution sera la taille des populations.
Il est temps d’agir. Les parlements vont soutendre toute action pour la protection des droits de l’homme et la protection de l’environnent.
Le troisième sujet a trait à l’avenir de l’Europe, et est lié aux deux autres sujets et les nouveaux défis auxquels nous sommes confrontés.
Comme le personnel politique revient en chair et en os en service commandé ici à Athènes, à Strasbourg, à Bruxelles, ainsi revient la culture. Le 7 Décembre, à la Scala de Milan, se produit l’opéra célèbre de Verdi « Macbeth » inspiré par la pièce Shakespearienne homonyme. La culture fait son retour physiquement et non numériquement par l’œuvre célébrée de Verdi. Dans « Macbeth », le mot le plus souvent répété est le mot peur. La peur de l’inconnu domine le comportement de Macbeth et Shakespeare l’utilise pour montrer que cette peur profonde, indéchiffrable peut conduire l’homme à des situations inimaginables.
Nous sommes ici aujourd’hui, représentant 830 millions d’Européens, pour miner et vaincre ce sentiment intenable de peur, pour dire à l’Europe entière et au monde que le Conseil de l’Europe, par son Assemblée Parlementaire, restera le défenseur moderne de l’état de droit, des droits de l’homme et de la démocratie représentative parlementaire.
Voilà nos racines, et les nouvelles branches qui y prennent naissance sont la protection de l’environnement, la protection contre les ‘fake news’, les crises sanitaires, l’intelligence artificielle. Ces nouvelles branches des droits de l’homme, cette nouvelle génération des droits de l’homme a des racines robustes. Je vais vous prier à cette Conférence d’Athènes, de ne pas oublier que la protection de l’environnement et les messages au sujet de sa résilience et la sagesse humaine sont toujours d’actualité et proviennent de cette ville qui n’est pas seulement le berceau de la Démocratie mais aussi de l’ingéniosité dont aujourd’hui nous avons tant besoin.
Athènes, et c’est par ces mots que je vais conclure mon propos chers collègues, doit son nom à la déesse de la sagesse, Athéna, fille de Zeus. Elle et Poséidon se sont querellés sur l’Acropole d’Athènes pour le titre du protecteur de la ville. Savez vous ce qu’Athéna a offert aux Athéniens pour gagner leur confiance ? Un olivier. C’est quoi un olivier ? C’est un arbre pérenne, résilient, très fécond et demande peu de soins. C’est l’arbre le plus écologique de la Méditerranée. Et il démontre que les hommes appréciaient la sagesse de la nature et se conciliaient avec elle. De la même façon, nous, aujourd’hui, sommes en quête de solutions durables, astucieuses, peu coûteuses. Je suis persuadé que nous allons y parvenir.
Nous nous trouvons à Athènes, en Grèce, l’année que nous célébrons le bicentenaire de la révolution des Grecs pour leur libération, en 1821 qui a conduit à la fondation du nouvel état Grec en 1830. Beaucoup croient que c’était une révolution solitaire. Mais, ce n’était pas ainsi. Cette révolution avait une dimension internationale et la Grèce fut le pionnier de la création de l’Etat – Nation, qui, plus tard, avec la fondation de la Belgique, de l’Italie, de l’Allemagne, a conduit à l’abolition des empires autoritaires, et multinationaux.
Aujourd’hui, nous avons des états-membres des organismes régionaux et internationaux, nous sommes des états-nations et en même temps des états-membres. Nous avons une coopération transnationale aujourd’hui et je suis persuadé que le Conseil de l’Europe avec son Assemblée Parlementaire soutiendra les meilleurs modes de collaboration transnationale pour que nous cultivions notre nouvel olivier, les nouvelles solutions durables pour la protection de l’environnement entant que droit de l’homme qui pourra être intégré dans la charte des droits de l’homme, les solutions à la crise énergétique ainsi que toute autre crise à laquelle nous allons être confrontés désormais.
Je vous remercie de votre présence ici représentant le retour précautionneux à la normalité. Je vous remercie pour votre participation. Je suis persuadé que vous allez faire votre mieux pour que l’Europe et le monde entier se mobilisent. Bienvenue.
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